Ar Duen, l’esprit d’un hôtel atypique en Bretagne qui ne ressemble à aucun autre

On traverse la Bretagne intérieure sans s’y arrêter. On file vers la côte, vers les caps et les ports, et on laisse derrière soi un pays de forêts, d’étangs et de bourgs qui ne réclament rien. À Saint-Launeuc, dans les Côtes-d’Armor, le domaine de la Hardouinais abrite Ar Duen. Cet hôtel atypique en Bretagne n’est ni une cabane perchée ni une bulle transparente, et pourtant le mot y trouve un sens qu’il a perdu ailleurs.

Chambre en pénombre d'un hôtel atypique en Bretagne, lit défait
L’une des chambres de l’hôtel atypique Ar Duen, avec ses lapes articulées, sa toile et son ambiance feutrée accentué par la lumière diffuse et douce de Bretagne. Photo : J. Lozay

Auteur : Frédéric Hiard
photographies : J. Lozay
Article publié en partenariat avec Ar Duen. Les photographies sont fournies par l’établissement. Le regard porté sur le lieu et les conseils de prise de vue restent libres.

D’une auberge de la Hardouinais à une maison de campagne

Le nom raconte une transition. Sur la façade, l’enseigne annonce « L’Auberge », et la page Facebook de la maison porte toujours celui d’Auberge de la Hardouinais. Le domaine, lui, n’a pas changé : celui de la Hardouinais, au Bourg de Saint-Launeuc.

Ar Duen est aujourd’hui l’une des quatre maisons d’Ar Collection, aux côtés d’Ar Iniz, de l’Hôtel de la Vallée et de La Pension du Moulin.

C’est là que le mot « atypique » demande à être précisé. Ar Duen n’est pas un hébergement insolite au sens où l’entend le tourisme d’aujourd’hui : pas de nid dans les arbres, pas de nuit sous une sphère de plexiglas. La singularité est d’un autre ordre, avec un établissement indépendant, tenu par un couple, adossé à un domaine qui produit une partie de ce qui arrive à table, affilié au réseau des Hôtels de Charme & Caractère de Bretagne et à la marque Bretagne. Un lieu qui échappe entièrement à la logique des chaînes.

Viktoria Barna et Sébastien Colleux dirigent la maison. Elle en salle, lui en cuisine. Ce détail d’organisation en dit plus long qu’un argumentaire : quand les personnes qui accueillent sont aussi celles qui décident, l’expérience change de nature.

C’est en ce sens qu’Ar Duen est un hôtel atypique en Bretagne : non par l’excentricité de son hébergement, mais par le refus d’un modèle standardisé.

Lire un lieu à ses matières : ardoise, noir, bois

Une maison se lit d’abord à ses matières. Ce sont elles qui portent une identité et qui résistent aux modes, bien plus que les volumes ou le mobilier.

L’ardoise d’abord, sur les toits, dans cette teinte bleu-gris qui vire au noir sous un ciel couvert et prend des reflets métalliques au soleil rasant. Le noir ensuite, appliqué avec insistance : charpente de la verrière d’entrée, menuiseries, enseigne. Ce n’est pas un choix décoratif isolé, c’est une couleur bretonne, celle des encadrements de granit sombre et des toitures d’ardoise, poussée jusqu’au parti pris.

Salon d'Ar Duen, Chesterfield de cuir et velours côtelé rouge à contre-jour
Table dressée en lumière rasante, restaurant du domaine

Ci-dessus : Un Chesterfield de cuir, un fauteuil de velours côtelé rouge, un lampadaire de fer forgé, des voilages de lin qui diffusent la lumière de fin de journée. Trois matières suffisent à tenir la scène. Photo : J. Lozay

Le bois ensuite, partout, mais jamais rustique : plateaux massifs à la table, poutres apparentes dans certaines chambres, souches brutes utilisées comme supports de service. À côté, du lin blanc, du velours, du cuir patiné. Des matières qui vieillissent bien, qui absorbent la lumière au lieu de la renvoyer.

Le salon condense cette grammaire. Chesterfield de cuir sombre, fauteuil de velours côtelé rouge, lampadaire de fer forgé, grands voilages qui filtrent le jour. Rien de spectaculaire pris isolément, mais un ensemble qui tient debout parce que chaque matière y a sa raison d’être.

Des chambres pensées comme des refuges

Dans un hôtel atypique en Bretagne, la chambre est l’endroit où le parti pris se vérifie ou s’effondre. La maison décline cinq catégories : Confort, Twin Confort, Supérieure, Supérieure Familiale, Supérieure PMR. Ce qui frappe, c’est qu’elles ne se ressemblent pas. Il ne s’agit pas de déclinaisons d’un même modèle avec plus ou moins de mètres carrés.

Chambre aux murs vert profond avec appliques articulées noires, Ar Duen
Chambre au papier peint panoramique et courtepointe de velours jaune

Ci-dessus : Vert profond, tenture de palmiers, appliques articulées noires, tapisserie panoramique : la couleur assume la pénombre au lieu de la fuir. Photo : J. Lozay

Certaines jouent le vert profond, presque forestier, avec des appliques articulées noires et une tenture imprimée en tête de lit. La couleur y assume l’ombre plutôt que de la combattre. Un choix rare dans l’hôtellerie, où l’on badigeonne volontiers tout en blanc par peur du sombre.

D’autres partent sur un papier peint panoramique avec arbres, collines, clochers, animaux dans une gamme de gris et d’ocres, le tout relevé par une courtepointe de velours jaune et des coussins imprimés. Un décor qui prend le risque du motif, et qui fonctionne parce que le lit reste sobre : tête de lit noire, linge blanc.

Le point commun de toutes ces pièces reste ce linge blanc, franc et généreux, qui sert de respiration au milieu des couleurs. Les cinq catégories sont détaillées sur la page des chambres de cet hotel atypique bretagne.

Le domaine : forêt, étang, potager et roseraie

C’est ici que la maison prend une autre dimension. Ar Duen ne borde pas la nature : il est posé dedans, et le domaine se visite.

L’étang sert de centre de gravité : activités nautiques l’été, pêche no-kill le reste de l’année, et une terrasse installée sous les chênes qui le regarde. La forêt suit, avec ses sentiers et, en saison, la cueillette des champignons.

Potager du domaine d'Ar Duen au petit matin, vélo contre un pommier
Coprins chevelus en sous-bois sur le domaine de la Hardouinais

Ci-dessus : Un vélo appuyé contre un pommier, le givre encore sur l’herbe. Le potager, cultivé depuis 2015 — Coprins chevelus. La cueillette en sous-bois figure parmi les activités du domaine à la belle saison. Photo : J. Lozay

Le potager, enfin, qui n’est pas un décor. David Le Bars en est le chef jardinier et le fait revivre depuis 2015, ce qui signifie que la production alimente réellement la cuisine, et que le jardin a eu le temps de devenir un jardin.

À côté, une roseraie, un verger, et un centre équestre encadré par Mireille Meleuc, avec des trotteurs au haras géré par Karine Brunet. S’ajoute un volet bien-être qui puise dans le même environnement : massages aux essences forestières, réflexologie, gemmothérapie, yoga, Pilates, bains de forêt. Tout part du lieu et y revient. Tout le détail des activités est à découvrir le domaine atypique d’Ar Duen.

Séminaire en extérieur hôtel Ar Duen
Demeure du domaine de la Hardouinais vue depuis le verger

Ci-dessus : Le lac et sa terrasse extérieure, utilisée pour les séminaires — La maison du domaine vue depuis le jardin potager du chef. Photo : J. Lozay

Une table de campagne : bistronomie, rôtisserie, crêperie

Trois lieux de restauration, trois registres, tous ouverts aux visiteurs de passage comme aux résidents : bistronomie en semaine, rôtisserie le week-end, crêperie à deux pas.

La cuisine de Sébastien Colleux s’appuie sur le potager du domaine et sur un réseau de producteurs que la maison nomme un par un, et cette transparence vaut plus que n’importe quelle allégation de terroir. Les cidres viennent du Petit Fausset, à Merdrignac, affaire de famille depuis 1921. Les escargots du Bout es Loup, à La Motte. Les volailles de l’Arguenon, à Dolo. Les pommes de terre d’Armel Payoux, à Lanrelas. Le cochon de lait bio de la Ferme Bigna, à Plessala. Les légumes bio de la Ferme du manoir du Bé, à Ménéac. Tous en Côtes-d’Armor ou dans le Morbihan voisin.

Chou farci au sarrasin soufflé servi dans une souche de bois
Assiette de poisson en lumière rasante, restaurant d'Ar Duen

Ci-dessus : Lumière latérale très dure, plateau de bois, assiette blanche. La cuisine de Sébastien Colleux photographiée sans artifice. — Chou, ciboulette et sarrasin soufflé, servis dans un contenant taillé dans une souche. Le sarrasin, signature discrète de la région. Photos : J. Lozay

La crêperie mérite une mention à part : farines bio de sarrasin et de froment du Moulin de Quincampoix, en Ille-et-Vilaine, garnitures faites maison à partir des produits du potager, de fromages affinés et de viandes ou poissons locaux.

Le petit-déjeuner, servi en salle sous forme de buffet, s’étale de 7 h à 9 h 30 en semaine et jusqu’à 10 h 30 le week-end : pains artisanaux, viennoiseries, confitures maison, fruits de saison, sucré et salé, jus pressés.

Petit-déjeuner buffet d'Ar Duen vu du dessus
Salle de la crêperie d'Ar Duen, banquette rayée et suspensions

Afficher l’image Ci-dessus : Vue zénithale sur la table du matin. Le bois sombre absorbe la lumière et fait ressortir la vaisselle blanche. — Mur bleu-gris, banquette rayée, cadre doré, suspensions à ampoules apparentes — et au plafond, des moulures que peu de regards remarquent. Photos : J. Lozay

Photographier une maison de caractère : ce qu’il faut regarder

Voici comment j’aborde un lieu comme celui-ci, appareil en main. Ces principes valent pour n’importe quelle belle maison où vous poserez vos valises.

Photographiez la matière, pas la pièce. L’erreur la plus courante consiste à vouloir tout faire entrer dans le cadre. Une chambre photographiée en entier au grand-angle devient une annonce immobilière. Un pan de papier peint, le grain d’un cuir, l’arête d’une poutre : c’est ce qui restitue une atmosphère. Approchez-vous.

Laissez les pièces sombres être sombres. Une chambre aux murs vert profond n’est pas sous-exposée, elle est verte. En éclaircissant pour « voir tous les détails », vous détruisez exactement ce qui fait le caractère du lieu. Exposez pour les hautes lumières (la fenêtre, le linge blanc) et acceptez que le reste s’enfonce.

Conseil pour photographier une chambre d'hôtel
Exposer pour la fenêtre et le linge blanc, laisser le vert s’assombrir, et vous donnez à l’image sa densité. Photo : J. Lozay

Travaillez à la lumière rasante. Les photos de plats les plus fortes de cette série sont celles où la lumière entre de côté, très dure, et découpe des ombres franches sur le bois. On enseigne souvent le contraire, en incitant à utiliser une lumière douce et diffuse, mais la lumière dure donne du relief à la matière. Tôt le matin ou en fin de journée, placez-vous perpendiculairement à la fenêtre.

Cherchez un premier plan pour les extérieurs. Une façade prise de face reste neutre. La même façade cadrée sous une branche de chêne, ou à travers les hautes tiges d’un massif, prend de la profondeur et raconte la saison. J’en parle beaucoup dans ma balade architecturale à Barcelone sur l’importance d’avoir un premier plan.

Sculpter un plant avec la lumière
Cheval au pré dans le contre-jour matinal, haras du domaine

Ci-dessus : Le soleil bas traverse la baie et sculpte les verres. — Contre-jour matinal sur les prés du haras. La brume rend visibles les rayons entre les arbres. une bonne manière d’utiliser la lumière pour éviter une image plate. Photos : J. Lozay

Levez les yeux. Dans la crêperie, personne ne remarque les moulures du plafond. C’est presque toujours là que se cachent les détails que les autres n’ont pas photographiés, comme les corniches, charpentes, et suspensions.

Guettez le contre-jour du matin. En Bretagne intérieure, les brumes de fin de nuit persistent souvent au-dessus des étangs et des prés. Une heure après le lever du soleil, la lumière traverse encore les arbres et dessine des faisceaux. C’est le moment le plus photogénique de la journée, et le seul qu’on rate en dormant.

Informations pratiques

Adresse : Ar Duen, Domaine de la Hardouinais, Le Bourg, 22230 Saint-Launeuc (Côtes-d’Armor)
En voiture : Prendre la N164 ou D6 depuis Rennes, environ 40 minutes. Parking privé gratuit, bornes électriques, places PMR.
En train : Lamballe 30 min, Saint-Brieuc 45 min, Rennes 1 h. Taxis sur réservation.
En avion : Saint-Brieuc–Armor 50 min, Rennes 1 h 15, Nantes 2 h.
Restauration : Bistronomie en semaine, rôtisserie le week-end, crêperie. Ouvert aux non-résidents.
Petit-déjeuner : 7 h – 9 h 30 en semaine, jusqu’à 10 h 30 le week-end.
Séminaires : Quatre salles de réunion modulables.

Quelle saison ? L’automne pour photographier : les chênes rouges flambent, les brumes s’installent sur l’étang, les champignons sortent en sous-bois. Le printemps pour le potager et la roseraie. L’été pour le nautisme et les terrasses.

Reste que le domaine se visite en toute saison. C’est ce qui distingue un hôtel atypique en Bretagne d’un hébergement à concept : il ne dépend pas du beau temps pour tenir sa promesse.

FAQ

Ar Duen est-il vraiment un hôtel atypique en Bretagne ? Tout dépend du sens donné au mot. Pour une cabane perchée, une bulle ou un phare, ce n’est pas ici. Ar Duen est atypique dans un autre registre : un établissement indépendant tenu par un couple, installé dans un domaine de forêt, d’étang et de potager, avec une cuisine alimentée en partie par son propre jardin. Un modèle rare, et plus durable qu’un hébergement à concept.

Faut-il séjourner à l’hôtel pour manger au restaurant ? Non. Les trois espaces : bistronomie, rôtisserie et crêperie, sont ouverts à tous, résidents ou non.

Le domaine est-il accessible sans être client de l’hôtel ? Les activités proposées par le domaine sont des balades en forêt, la cueillette, la pêche no-kill, le centre équestre, le nautisme, et un glacier. Ces activités sont proposées au-delà des seuls résidents. Les modalités et la saisonnalité varient selon l’activité : mieux vaut appeler avant de se déplacer.

Est-ce un bon point de chute pour visiter les Côtes-d’Armor ? Oui, à condition d’accepter de rouler. La côte se rejoint en une heure environ, Saint-Brieuc en 45 minutes, Rennes en 40. Le choix a du sens pour alterner journées d’excursion et soirées au calme, moins pour qui cherche à sortir à pied le soir.

Y a-t-il de quoi faire sur place par mauvais temps ? Oui, et c’est un vrai point fort en Bretagne. L’espace bien-être fonctionne toute l’année (massages, réflexologie, gemmothérapie), les dégustations d’œnologie se tiennent en intérieur, et les trois lieux de restauration permettent de varier sans sortir du domaine.

Le lieu convient-il pour un séminaire ? Le domaine dispose de quatre salles de réunion modulables et d’espaces extérieurs. 

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